Alison venait de rentrer. Elle
rentrait chez elle, enfin, après avoir longtemps erré
dans la ville. Depuis ce jour-là, personne
n’était entré dans son appartement. Elle ouvrit
la porte, puis les volets.
Elle pleurait. Elle
pleurait sans bruit.
Elle pleurait doucement la nuit.
Elle pleurait pour oublier sa vie.
Sa vie. Sa vie qui
s’était arrêtée voila cinq ans. Elle
était partie en voyage d’affaire avec José et
Kevin, un simple voyage d’affaire, comme ils avaient
l’habitude de faire. Jamais voyage n’aurait dut tourner
ainsi.
Elle pleurait allongée sur son lit,
Son grand lit, de vide toujours aussi plein.
Son regard se posa sur sa table
de nuit, là ou était posé la photo du groupe,
seule et unique photo regroupant José, Steve, Pierre et
elle-même. Les yeux embués de larmes, elle fixait la
photo. Tous ces souvenirs remontaient en elle, José et Steve
qui se disputaient, Pierre et son comportement
spécial… Bien qu’elle montrait qu’elle
désapprouvait ce comportement, au fond d’elle, Alison
avait toujours été amusée par Pierre. Tous,
tous les trois avait été ses amis, ils
s’étaient soutenus si souvent. Avec un pincement au
cœur, Alison repensa au jour au Steve était
parti. C’était ce jour là
qui avait changé toute sa vie, toute leur vie.
Toute seule, elle noyait son chagrin
Dans son océan chaud, jusqu'au matin.
Depuis ce jour, Alison voulait
montrer qu’elle était forte, qu’elle
était capable de l’oublier, lui, Steve, l’homme
qu’elle aimait. Elle avait suivit jour après jour
l’entrainement de Claire, elle était devenue
douée, autant voire même plus que Claire, le meilleur
médecin de l’hôpital. Mais au fond d’elle,
Alison était détruite. En partant, Steve avait
emmené son cœur, mais personne ne le
savait.
Sur ses deux joues, elle posait les mains,
Elle pleurait, pleurait timidement.
Elle était perdue dans ses beaux draps
blancs.
Et puis il y a 4 ans, Il
était revenu. Il avait réalisé que sa
vengeance ne mènerait à rien, qu’en partant, il
avait perdu tous les gens qui l’aimaient et qu’il
aimait. La tête baissée, il était rentré
dans le quartier. Mais Alison, par la fenêtre de
l’hôpital où elle travaillait, avait reconnu sa
démarche. Elle l’avait reconnu. Alors elle avait
courut à sa rencontre. Elle s’était posé
devant lui et l’avais regardé. Steve avait
relevé la tête, l’avait regardé au fond
des yeux, et tout doucement, lui avait dit :
- Tu m’as
manquée
Alors Alison n’avait pas
put se retenir, elle l’avait d’abord giflé, puis
s’était jetée dans ses bras.
Ses larmes roulaient aussi simplement
Que, sur le sol plat, une bille d'enfant.
Sur ces entrefaites,
José était arrivé. Même celui-ci avait
changé son comportement envers son meilleur ami. Alison
avait relâché Steve et regardait les deux jeunes
hommes.
- Content de te revoir !
Avait lâché José. Puis il s’était
retourné et commençait à repartir. Steve
l’avait alors rattrapé et lui dit :
- Désolé,
désolé de t’avoir fait
ça…
- Ce n’est pas
auprès de moi qu’il faut t’excuser, nous nous
sommes déjà expliqués… Souviens toi de
ce que je t’avais dis. José se libéra de Steve
puis repartit en direction de l’hôpital où
l’attendaient ses élèves.
Alison venait de comprendre ce
qu’il s’était passé l’année
précédente. José avait disparut pendant une
semaine, et était réapparut totalement
déprimé. Personne n’avait jamais su ce
qu’il s’était passé, mais depuis ce jour
là, José avait énormément
changé, il avait grandit dans sa tête. Alison venait
de comprendre qu’il avait retrouvé son ami. Elle
ignorait ce qui avait été dit, mais cette rencontre
ne devait pas être innocente en ce qui concernait le retour
de Steve.
Témoins du
désespoir de la douleur,
Les larmes, ces perles, étaient ses
sœurs.
Steve s’était
alors retourné vers Alison, lui avait prit la main et
l’avait emmené au parc. C’était là
qu’il lui avait tout dit.
- C’est toujours quand on
perd quelqu’un qu’on se rend compte à quel point
on y tenait.
Alison avait eu du mal à
interpréter cette phrase. Steve avait alors tourné la
tête vers elle. Il l’avait regardé droit dans
les yeux. Pour la première fois, Alison apercevait des
sentiments dans les yeux du jeune homme, à réputation
de glaçon.
- Je t’aime Ali,
j’en suis sûr désormais, je t’aime de tout
mon cœur.
Alison avait alors fermé
les yeux pour empêcher les larmes de couler.
Lorsqu’elle les rouvrit, Steve n’était plus
qu’a quelques centimètres d’elle, mais ce fut
elle qui déposa ses lèvres sur celles du jeune
homme.
Quelques mois plus tard, Waller
Alison devenait Wilson Steve. De cette union était né
un enfant, un petit garçon, Andy.
Et puis trois ans plus tard,
elle était partie en voyage avec José et Kevin, ses
collègues. C’était une petite mission, son
équipe devait aller porter de l’aide dans un camp de
réfugié, et José avait emmené ses
élèves pour les former aux missions de ce type. La
mission s’était déroulée sans encombre
et n’avait duré qu’une semaine. Sur le chemin du
retour, ils avaient aperçut de la fumée
s’élever de la ville. Inquiet, Ils avaient
accéléré leur retour. En entrant dans le
village, ils avaient découvert que le village avait subit
une attaque. Durant de nombreuses années, cette ville avait
subit la menace d’une guerre. Il avait suffit qu’Alison
s’absente pour qu’elle éclate. Les pertes
avaient été nombreuses. Alors qu’ils se
dirigeaient vers le point de rassemblement, Claire s’approcha
d’eux. Elle avait le regard sombre et triste. Elle
s’arrêta devant Alison et la prit dans ses bras. Alison
se mit alors à hurler, à hurler de douleur
d’après ce que pouvaient comprendre José et
Kevin.
La mort et la pureté, par sa blancheur,
Montraient l'ambiguïté de son malheur.
Steve était mort…
Il était mort pour protéger leur fils, leur fils qui
lui aussi était mort. Claire lui avait expliqué ce
qui c’était passé, mais Alison ne s’en
souvenait plus.
Jamais son visage ne
s'éclairait,
La même émotion y transparaissait.
Alison n’avait jamais
pleuré depuis leurs enterrements. Elle s’était
enfermées dans son travail, ne quittait plus
l’hôpital, ne voyait plus personne. José, Kevin
et Pierre se faisaient du souci pour elle, mais elle les
évitait.
Et puis Alison avait
découvert une chose. Il lui restait quelque chose de son
mari. Elle venait d’apprendre qu’elle portait son
enfant. Un nouvel enfant allait naitre. Un enfant qui
n’aurait pas de père. Alors, Alison était
rentrée chez elle, chose qu’elle n’avait pas
faite depuis des semaines, depuis leurs morts. Et là, elle
avait craqué, elle devait réapprendre à
vivre.
Elle pleurait
allongée sur son lit,
Son grand lit, de vide toujours aussi plein.
Toute seule, elle noyait son chagrin
Dans son océan chaud, jusqu'au matin.
Pourtant, tout le monde la connaissait
Mais nul ne se doutait qu'elle pleurait.